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L'homme qui voulut être roi, Vol au-dessus d'un nid de coucou
L'homme qui voulut être roi (John Huston, 1975)
C'étaient deux anciens sous-officiers de l'armée des Indes, Dravot et Carnehan, qu'une ambition formidable et naïve avait poussés jusqu'aux confins de l'Afghanistan. Armés de quelques fusils de contrebande et d'un culot monumentalement britannique, les deux compères avaient, sans le savoir, emboîté les pas d'Alexandre. Le Macédonien avait laissé dans ces montagnes un souvenir mythique, un temple de marbre, et un trésor fabuleux que les prêtres des tribus afghanes protégeaient avec une ferveur religieuse. Or pour ces derniers, qui pouvaient être ces deux Blancs aux tuniques rouges sinon des dieux revenus prendre possession du royaume de leur ancêtre ?
Telle est l'histoire fabuleuse imaginée par Rudyard Kipling et merveilleusement adaptée par John Huston dans ce film flamboyant interprété par Sean Connery et Michael Caine. Une étrange ressemblance rapproche cette aventure imaginaire de la conquête de l'empire Inca par les Espagnols : le retour des dieux blancs, héritiers des Vikings ou des Grecs. Mais Dravot et Carnehan auront des humaines faiblesses qui jeteront le doute dans l'esprit de leurs adorateurs. Bientôt chassés comme des imposteurs, les deux hommes affronteront héroiquement la meute afghane, revêtus de leur uniforme. Car pour eux, il est au fond infiniment plus noble de mourir sous-officier anglais que de vivre dieu, roi ou même descendant d'Alexandre.
Telle est la morale orgueilleuse de Rudyard Kipling dont John Huston, cinéaste américain réenraciné dans la tradition anglaise, restitue toute la grandeur et tout le tragique.
L'homme qui voulut être roi a été projeté, en avant-première, dans le cadre du ciné-club parisien du G.R.E.C.E., le 13 avril dernier.
Vol au-dessus d'un nid de coucou (Milos Forman, 1975)
Réalisé par Milos Forman, le " film aux cinq oscars ", Vol au-dessus d'un nid de coucou (Etats-Unis, 1975), s'il est effectivement réalisé de main de maître et servi par une interprétation parfaite, n'en constitue pas moins - encore qu'au second degré - une critique rigoureusement corrosive des sociétés occidentales, faussement identifiées à l'univers américain, premier visé.
On s'attendait à un film sur l'antipsychiatrie. Celle-ci est effectivement présente dans ce récit mettant en scène l'interné volontaire d'un asile, qui finira par y perdre la raison, puis la vie : le réalisateur ne cachant pas qu'à ses yeux, de tels établissements aggravent la maladie mentale au lieu de la soigner. Mais le propos de Forman déborde cette critique, car l'hôpital psychiatrique (dans lequel se déroule la presque totalité de l'action) apparaît très vite comme un monde clos symbolique, équivalant aux sociétés modernes.
Dans cet univers, régi par une rationalité doucereusement inhumaine, les rapports de domination (cf. Marcuse) s'enveloppent par ruse dans la " compréhensiom " et le paternalisme. Le " maternalisme ", devrait-on d'ailleurs dire, puisque c'est une femme qui y règne (matriarcat américain) et que c'est derrière les traits fins, les cheveux blonds et le sourire impitoyablement " compréhensif " de l'infirmière (la belle Louise Fletcher), que se cache le mal.
Au sein de cet univers aseptisé, le héros du film (Jack Nicholson) fait souffler un vent de révolte, mais, ne sachant pas pourquoi il se révolte et n'ayant pas su mettre de l'ordre dans ses pulsions, il périra. Non sans avoir provoqué une prise de conscience plus radicale chez un pensionnaire indien que l'on croyait muet et qui se met à parler : les minorités opprimées prennent avec lui la parole...
Cette fable de Milos Forman qui suit pas à pas le schéma marxiste de la " prise de conscience révolutionnaire " et des " structures modernes de domination ", possède un caractère indirectement subversif qui doit être souligné et dénoncé.
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